10.01.2008
I know a place ...
... where no cars go.
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Entendons-nous bien. Je suis extrêment sensible aux symboles, chiant à mourir dès que l'on touche à la représentation du pouvoir. Bref, que Nicolas Sarkozy vienne présenter ses voeux aux corps constitués à Lille, perpétuant la tradition lancée par Jacques Chirac l'année dernière à Metz, je n'ai absolument rien contre. Qu'un déplacement du président de la République implique des consignes de sécurité particulièrement élevées, là encore, j'entends bien.
De là à transformer la moitié de la ville en zone protégée parce que quelques agités s'excitent sur un site internet, j'ai quelques doutes - Lille, je vous assure, n'est pas une très grande ville.
Je me souviens avoir vécu à Bruxelles un Conseil européen (25 chefs d'Etat, à l'époque...), sans que l'on bloque tous les axes de circulation entre Zaventem et le Justus Lipsius...
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Rien à voir : vivement le 17 janvier. Toutes ces grandes plumes (qui, pour certaines, rédigent encore leur note de frais en francs) réunies, ça fait rêver.
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Rien à voir (bis) : en ce moment, les choses essentielles se passent ici.
00:15 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : insignifiant, sarkozy, voeux, lille, corps constitués, protocole
22.08.2007
Quand l'Elysée joue des ciseaux pour adoucir le discours de Nicolas Sarkozy
Il ne craint pas la langue de bois, mais quand même. Nicolas Sarkozy l'a martelé lundi, à la sortie de la table ronde sur les mesures de surêté contre les criminels dangereux : "les mots ne lui font pas peur". Qui, alors, a décidé d'amputer de deux citations osées la retranscription de ses déclarations, mise en ligne sur le site de l'Elysée ?
Voici la première modification :
... retranscrite en un : "Que s'est-il passé ? Un individu qui, dans sa vie, a commis plusieurs viols sur mineurs, a été condamné à vingt-sept années de prison (...)" - c'est au début du deuxième paragraphe.
La "carrière" renvoit au débat Sarkozy/Onfray de la campagne présidentielle. Pour mémoire, Nicolas Sarkozy avait lancé un "J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. (...) Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense" qui en avait fait bondir plus d'un.
Mais à vrai dire, la coupe est d'autant plus étrange qu'un peu plus loin, le président en remet une louche sur les "hommes de cette nature, (l)es individus de cette nature", qui ne cache rien de la conception que Nicolas Sarkozy se fait de l'être humain.
Voici pour la seconde :
... retranscrite en un : "Le premier des droits à défendre, c'est le droit de la victime", épuré de cette référence aux droits de l'homme (c'est à peu près au milieu de l'intervention). En tant que telle, la citation reste osée. Mais elle a l'avantage de ne pas rappeler un "Le premier des droits de l'homme, c'est de manger (...)" qui avait valu au précédent locataire de l'Elysée quelques déboires, et d'atténuer quelque peu la sortie présidentielle.
La reformulation d'une intervention destinée à la presse audiovisuelle avant tout est certes indispensable. Mais elle est supposée être faite en toute honnêteté, surtout sur des sujets aussi sensibles, où la démagogie ordnaire règne en maître. Ca n'a manifestement pas été le cas, et c'est quand même sacrément balourd quand captations vidéo et sonores sont à disposition de l'internaute curieux.
19:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Elysée, communication, politique, coupes
21.08.2007
François Hollande, tout à son honneur
Entre un panneau vantant la douceur des gaufres belges et un Razzye Hammadi en polo moulant, François Hollande a fait sa rentrée. C’était samedi, sur le petit marché de Correns, dans le Var. En bon leader de l'opposition, le premier secrétaire du parti socialiste a averti Nicolas Sarkozy : "ce que je veux, ce n’est pas aller chercher Nicolas Sarkozy sur son lieu de vacances, mais sur ses lieux de travail et sur ses résultats." Et, ô surprise, ces derniers ne sont pas à la hauteur, juge-t-il.
A l'appui de sa démonstration, le chef de parti Hollande convoque notamment la décision du Conseil consitutionnel n°2007-555 DC du 16 août, qui censure quelques mots lourds de conséquences dans l'article 5 de la loi sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat. Si les reportages télé n'ont pas fait grand cas de ce point de l'argumentation de Hollande, la presse écrite s'y est attardée un chouilla plus longuement.
Dans une interview au Journal du dimanche, hier, François Hollande l'assure : concernant "la rétroactivité des remboursements par le fisc des intérêts de certains prêts immobiliers", "Nicolas Sarkozy a voulu avoir raison contre tous, y compris contre ceux de son gouvernement qui ont tenté de le mettre en garde contre cette mesure." L'argument "on vous l'avait bien dit" pointe le bout de son nez, sans être complètement assumé.
Il faut se plonger dans l'article du correspondant varrois du Monde pour le trouver pleinement affirmé :"Chacun savait que la promesse d'une déduction des intérêts pour les emprunts déjà contractés ne pouvait être honorée", a-t-il assuré, demandant au gouvernement de "ne pas continuer à prétendre trouver un autre dispositif" lit-on sous la plume de Lilian Renard.
Alors, omniscient, le sage Hollande capable de prévoir les décisions du Conseil constitutionnel ? Pas franchement. D'autant, que, sur le sujet, son parti s'est quelque peu emmêlé les pinceaux : la saisine déposée chez les sages le 2 août par plus de soixante députés ne soulevait aucune contestation particulière au sujet des intérêts d'emprunt immobilier. (Pour les fainéants, c'est écrit en toute lettre dans le commentaire aux cahiers du Conseil constitutionnel : "Alors que l'opposition avait vivement dénoncé cette disposition comme contraire à la Constitution lors des débats parlementaires, l'article 5 n'a fait l'objet d'aucun développement dans la saisine.")
Concrètement, c'est au moyen d'une procédure qui, sans être exceptionnelle, n'est pas non plus d'un usage très courant (1), que le Conseil constitutionnel a décidé "d'examiner d'office" (2) ce fameux article 5. La suite est connue, mais rappelons là néanmoins pour les étourdis - et, également, pour la beauté du geste -, les lecteurs pressés pouvant se dispenser de la lecture du paragraphe suivant.
Constatant que "l'institution, pour l'avenir, d'un crédit d'impôt sur le revenu pour le financement de l'acquisition ou de la construction de la résidence principale" répond "à un intérêt général qui est de favoriser l'accession à la propriété", le Conseil s'est borné à en constater la constitutionnalité ; à l'inverse, aux sujets "des prêts déjà contractés", les juges ont estimé que l'intérêt général en question "ne pouvait être (...) celui de faciliter l'accession à la propriété. Par définition, tel était déjà le cas. Dès lors que l'intérêt général poursuivi par le législateur était d'accroître le pouvoir d'achat, le Conseil constitutionnel a considéré que l'avantage fiscal ne reposait pas sur un crière rationnel et instaurait, entre les contribuables, une différence de traitement injustifiée au regard de l'objectif poursuivi." D'autant, pousuivent les juges, "que cet avantage fiscal faisait supporter à l'Etat des charges maniestemetent hors de proportion avec l'effet incitatif attendu".
Moralité de l'histoire ? Si l'on juge l'opposant Hollande sur les critères que lui-même veut retenir pour évaluer Nicolas Sarkozy, il y a encore des progrès à faire.
Bien entendu, on peut à l'inverse supposer qu'un parti qui compte dans ses rangs des constitutionnalistes aussi brillants qu'Olivier Duhamel, par exemple, avait rédigé son recours en sachant pertinemment que le Conseil procèderait à un examen d'office de toutes les dispositions prévues par le TEPA ; et que les constitutionnalistes dudit parti voulaient simplement donner l'occasion au Conseil une occasion d'adresser un avertissement qui n'en serait que d'autant plus solennel. Vous me permettrez d'en douter.
(crédit photo : est-il vraiment nécessaire ?)
00:50 Publié dans miscellanées | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : conseil constitutionnel, tepa, politique, françois hollande, parti socialiste, sarkozy
07.08.2007
L'inconnu de l'UMP, et du Parti Socialiste, et ...
Une série télé réussit à le citer ; pourquoi les politiques français seraient incapables d'en parler ?
Au détour d'une conversation en bonne compagnie, citer John Rawls permet en général de paraître plutôt chic, genre, j'ai suivi des cours de philosophie politique, moi. Heureusement, Aaron Sorkin n'a pas eu peur de ces a priori vaseux. Dans la (très) stimulante série télé The West Wing, il parvient même à justifier une hausse d'impôts voulue par l'administration démocrate de Jed Bartlett, en s'appuyant sur un concept clef développé par l'un des plus grands penseurs de la seconde moitié du XXè siècle. Oui oui, vous avez bien lu, outre-Atlantique, on cite Rawls dans une série télé, qui a néanmoins rencontré le succès.
Et pendant ce temps, en France, rien - ou presque. Rawls est inconnu, aussi bien rue de la Boétie que rue de Solférino. Tout juste si certains parlementaires le convoquent, plus souvent à tort qu'à raison dans leurs débats ; si, les soutiens d'un ancien candidat aujourd'hui porté disparu s'en revendiquaient un temps pour proposer une philosophie politique du centre en France ; et si, sans oser le citer, certains socialistes reprennent en grande partie son argumentation. Dommage.
1. Parce qu'on est au mois d'août, je vous propose de commencer par le léger, avec trois extraits du dix-septième épisode de la saison 4 de TWW, Red Haven's on fire.
Le contexte : Deux des conseillers du Président sont à l'origine d'un plan fiscal “osé”. Taxer de 1% supplémentaire les 1% les plus riches, pour exonérer certains, sous condition de ressources, de frais d'inscriptions à la fac. Ils sont pris de vitesse par les républicains, qui, comme par hasard, annoncent des réductions d'impôts. Dans toutes les déclarations officielles de la Maison Blanche, fussent-elles aussi insignifiantes que la prise de fonction de l'ambassadeur américain à Budapest (les Hongrois apprécieront, NDLR), les mérites du plan démocrate doivent être loués. Un conseiller du département communication, Will Bailey, encadre les stagiaires chargés de la rédaction des discours.
A priori, c'est pas gagné :
Alors Will y va d'un exposé au tableau particulièrement simplificateur (1), qui ne convaint d'ailleurs pas franchement ses protégées :
Et enfin, parce que "le guide du parfait républicain" n'est pas franchement un argument très convaincant, Will Bailey abat la carte maitresse, John Rawls et son voile d'ignorance :
2. Alors, sans faire parler les morts, est-ce que ramener John Rawls dans les débats français actuels ne vaudrait pas le coup ?
Pas besoin d'aller chercher plus loin que la mesure emblématique de ce début de législature, à savoir la loi en faveur du travail, de l'emploi, et du pouvoir d'achat pour se convaincre que la réflexion du vieux sage d'Harvard est encore bigrement d'actualité.
Contrairement aux actions présidentielles dans d'autres domaines, il faut reconnaître un mérite à cette loi : elle est d'une cohérence quasi-implacable. Non, vraiment, chapeau bas la droite : réussir en moins d'un mois, à voter une loi qui résume aussi bien une vision globale de la société -si ce n'est la concession faite à Martin Hirsh de l'introduction d'un "revenu de solidarité active" (art.10)- c'est vraiment fort. Et il n'est pas certain que l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle aurait pu en faire autant pour ses idées, ses convictions.
Plus précisément, arrêtons nous sur la question des droits de succession. Henri Guaino, interrogé par Arnaud Leparmentier et Christophe Jakubyzsyn dans Le Monde du 22 juillet sur les risques de reproduction des inégalités qu'elle entraîne, confesse un doute : "Je me suis posé la question", admet-il, avant de s'embrouiller dans un foireux mix entre principe généraux et objections conjoncturelles. Pourtout, le nerf de la guerre est là. Dans quelle mesure ce creusement d'inégalités se fait-il au profit des plus mal-lotis, qui ne sont pas des tire-au-flanc ? J'admets, qu'on puisse, éventuellement y déceler une incitation au travail, sur le mode "bosse, accumule, fais toi ton petit pécule, et le ciel t'aidera". Mais, quand bien même cette mesure permettrait d'atteindre un "score moyen" plus élevé, permettrait-elle une "maximisation du minimum" ? J'attends que l'on m'explique comment.
(crédit photo : une version revisitée de la couverture de cet ouvrage, trouvée ici)
07:55 Publié dans miscellanées | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, fiscalité, impôts, sarkozy, john raws, rawls, à la maison blanche
06.08.2007
Allô Albert, je vais chez notre copain Paulo, tu viens ?
(suite de la conversation entamée à Brégançon, le 2 juillet dernier)
Nicolas S. : Allo Albert, c'est Nicolas ! Ca va ?
Albert F. : Ah, enfin, j'ai cru que tu m'avais oublié depuis le temps, tu sais. Et puis, tous ces signaux contradictoires envoyés ...
Nicolas S. : Oui, c'est vrai, j'avais promis de te tenir au courant. Mais tu sais, j'ai toujours ces deux boulets, là, Guaino et Guéant, qui sont (toujours) pas d'accord, et tout le gouvernement qui ramène ses pattes dans le dossier. Sans compter que j'ai pas eu beaucoup de temps à moi ces dernières semaines...
Albert F. : Bon, vas-y Nicolas, le temps c'est de l'argent. Qu'est ce qui t'amène ? T'as du neuf sur ce qui nous intéresse ?
Nicolas S. : Oui, enfin, du neuf, pas vraiment. Je suis aux Etats-Unis, là, tu sais. J'ai pensé que je pourrais en profiter pour faire un saut chez notre copain Paul, à Sagard. Je voulais savoir si tu as envie de te joindre à nous. C'est vrai, quoi, on ne s'est pas revu, tous ensemble, depuis le 6 mai au soir, et encore ... c'était un peu particulier.
Albert F. : Ah, tiens, c'est une bonne idée, ça ... Tu crois qu'il aurait de la place pour tous nous loger, mon cher Paulo ?
Nicolas S. : Oh, tu penses ! Quand tu entres dans la propriété, on t'ouvre un premier portail. Ensuite tu dois faire des kilomètres et des kilomètres avant d'arriver au château, alors, oui, je pense qu'il y aura de la place pour toi, Albert.
Albert F. : Bon, ça marche. Et tu me promets, tu vas me dire ce qu'il en est de ce foutu dossier, hein ?
Nicolas S. : Mais oui, ne t'inquiète pas. Allez, à bientôt vieux frère ... Ah ah ah, on te l'avait jamais faite celle là je suis sûr ... Allez, bisous, bécos.
07:55 Publié dans les dialogues (à peine) imaginaires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : albert frère, paul desmarais, sarkozy, vacances, wolfeboro, fusion, gdf suez
26.07.2007
Ceux qui veulent normaliser
Pour huit infirmières et un médecin bulgares, combien de Libyens dans les prisons de Moammar Khadafi, de migrants expulsés à la vite vers des pays pas franchement réputés pour leur sécurité ? A l’heure où l’on signe des contrats à gogo avec le régime libyen, on commence à redouter que l’heureux dénouement de mardi ne serve d’alibi démocratique, en France mais pas seulement.Ils s’appellent Idriss Boufayed, Al-Mahdi Saleh Hmeed et ses frères Adel, Ali, Faraj et al-Sadq, Ahmed Youssef al-Abidi, Bashir Qasem al-Hares, Alaa al-Dressi, Jamal al-Hajji, et Farid Mohammed al-Zwai. Vous n’avez jamais entendu parler d’eux -ou si peu-, et vous n’entendrez probablement jamais parler d’eux.
Cercueils. Le 16 février dernier, à une heure du matin, Idriss Boufayed est arrêté par des officiers des services de renseignement libyens. Un peu plus tard dans la journée, c'est au tour d’Al-Mahdi Saleh Hmeed et de ses frères. Au total, en deux jours, ils sont douze à avoir été arrêtés. Leur tort ? Avoir appelé à une manifestation pacifique dans les rues de Tripoli, réclamant que lumière soit faite, après à la mort d'une dizaine de personnes, il y a un peu d'un an, dans une manifestation, à Benghazi. Pendant près de cinq mois, ils ont attendu de connaître les raisons de leur détention, et un procès. Certains en prison, d’autres dans les locaux des services de renseignement libyens, deux d’entre eux au moins ont été torturés pendant les divers interrogatoires auxquels ils ont été soumis. Enfermés dans des cercueils, frappés à coups de chaussures de sécurité, de bouts de bois, bref, tout ce qui passe là.
Leur procès s’est ouvert début juillet, devant la cour de Tajoura, à Tripoli. Sans que les accusations retenues ne soient précisées. (1)
Ils sont 64 430, et n’ont pas de nom. Au cours de l’année 2006, ils ont mis un pied en Libye, rêvant pour beaucoup d’un ailleurs européen. La plupart sont des migrants dits « économiques », d’autres non. Mais ça, le régime de Khadafi n’en a que faire. Tous ont été renvoyés chez eux, sans s’encombrer de plus de procédures.
Viols. Les migrants n’ont pas pour autant déserté la Libye, bien au contraire. Certains d’entre eux viennent d’Erythrée, pourraient demander l'asile en Libye. Mais ils n’ont pas accès aux représentants du HCR –ou difficilement-, sont plutôt envoyés vers les centres de Misratah (200km à l’est de Tripoli), et al-Marj (1000 km à l’est de Tripoli). Début 2007, un émissaire du gouvernement érythréen se présente au centre de Misratah. Il fait pression sur les détenus érythréens pour obtenir d’eux qu’ils signent des papiers, ils permettraient leur rapatriement en Erythrée. Aucun n’accepte. Les gardes libyens se chargent de faire savoir leur façon de penser. Menaces de morts, ratonnades à coups de barres de fer, et, à plusieurs reprises, viols contre les détenues femmes. (2)« La Libye lâche les freins. » Il y a quelques mois, Patrick Lebrun, à la tête de la mission économique française à Tripoli, vantait les charmes d’un pays qui « redémarre ». Il était interrogé par Florence Beaugé, dans les colonnes du Monde, au détour d’un grand article titré « Quand la Libye s’éveille ».
Qui-vive. Hier, nous autres Français, venons de signer un (autre) memorandum avec notre nouveau « partenaire stratégique », qui, avant-hier, remportait son abominable chantage sur le dos de huit personnels soignants bulgares. « Premier pas vers la normalisation » vante-on, un peu partout. La France, si elle est la plus rapide à dégainer, n’est pas la seule à être sur le qui-vive, et, du côté de Bruxelles, on devrait être plutôt bien arrangé par cette normalisation. Depuis quelques années, les accords de coopération migratoires avec la Libye se sont multipliés, ainsi que les rencontres au sommet – l’accord JAI des 2 et 3 juin étant d’ailleurs conclu alors que Nicolas Sarkozy était le tout nouveau locataire de la Place Beauvau, quand bien même se dispensait-il très régulièrement d’assister aux réunions du Conseil.
Ah, et si une rédaction veut m'envoyer sur place tenter de recouper les faits, c'est avec plaisir que je saute sur la mission.
07:00 Publié dans miscellanées | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : khadafi, sarkozy, libye, areva, nucléaire, droits de l'homme, amnesty international
12.07.2007
un peu de S.A.V.
"Ce n'est qu'une question de temps avant que l'affrontement n'éclate." L'hebdomadaire allemand Der Spiegel prête à Angela Merkel ces propos. Mais de qui parlerait ainsi la chancelière allemande ? De notre nouveau Président, pardi !
Ma sortie sur le voyage bruxellois de Nicolas Sarkozy a fait exploser le trafic ici. Mes nouveaux lecteurs (soyez les bienvenus, vous êtes ici chez vous) n'ont cependant pas tous la bienveillance de versac : un parti-pris antisarkozyste systématique nuirait à "l'honnêteté intellectuelle" de mes écrits, commentent certains, ici, et/ou ailleurs.
Histoire de préciser l'intention qui était la mienne, voici trois lectures pour éclairer la visite du Président à Bruxelles, et, plus largement, les vues présidentielles sur une politique de change de l'euro.
D'abord, le procès-verbal de l'intervention de Jean-Claude Juncker hier -mercredi 11 avril- devant le Parlement européen, réuni en pleinière à Strasbourg.
Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Monsieur le Président de la Banque centrale, Madame la Présidente de la commission, Messieurs les rapporteurs, Mesdames, Messieurs,
(...)
Les journaux européens, surtout ceux de cette semaine, nous rapportent les propos qui auraient été échangés, lors d'un récent Eurogroupe, avec un visiteur du soir que nous avions le plaisir d'accueillir. Je lis le résumé de ces longs débats dans des éditoriaux qui tiennent en vingt cinq lignes à peine, et nous nous plaignons que les Européens soient mal informés de la réalité européenne! Soit.
(...)
Vous n'ignorez pas que (...) l'Eurogroupe informel qui s'est réuni à Berlin le 20 avril a pris une décision qui engage, puisque nous avons dit que tous les États membres devraient se retrouver à l'objectif à moyen terme en 2008 et 2009, certains ayant obtenu, sans voir leur cas être précisé, de devoir y être en 2010. Jamais il ne fut question de n'y être qu'en 2012. Ce fut, bien sûr, le menu principal lorsque, récemment, en début de semaine, nous avons rencontré le Président français, qui est venu, ce dont il convient de se féliciter, nous expliquer, à l'Eurogroupe, les nouvelles lignes et les nouveaux axes de la politique économique et budgétaire française. Nous applaudissons des deux mains au train des réformes qui est engagé, puisqu'il s'agit de réformes structurelles voulues par le gouvernement et par le Président français, mais nous insistons sur ce que nous attendons et exigeons de la France: elle doit, comme les autres États membres de la zone euro, être au rendez vous à mi-parcours que nous nous sommes fixé au 1er janvier 2010.
(...)
Nous pensons tous, puisque c'est un sujet qu'évoque la presse, à la fois en France et outre Rhin (...) qu'aucun pays n'a essayé, dans une langue de travail quelconque de l'Union européenne, lundi dernier, dans le cadre de l'Eurogroupe, de mettre en cause l'indépendance de la Banque centrale. D'ailleurs, si quelqu'un se permettait de le faire, il ne suffirait pas de se montrer expressif dans sa façon d'articuler une pensée peu recommandable, encore faudrait il respecter les traités. Nous avons voulu une Banque centrale indépendante, nous avons une Banque centrale indépendante. Elle restera bien sûr une autorité monétaire centrale indépendante. (Applaudissements)
La chancelière Angela Merkel a fermement rejeté les appels de la France à une baisse de l'euro, un sujet qui risque, peu après l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, de mettre à l'épreuve le couple franco-allemand déjà à la peine dans le dossier EADS.
"Cela ne me dit vraiment rien. Je ne suis pas prête à aller sur ce terrain. Et le gouvernement allemand non plus", a déclaré la chancelière conservatrice dans une interview à la chaîne de télévision RTL diffusée mardi soir, alors qu'on lui demandait son avis sur de récentes propositions françaises d'oeuvrer en faveur d'une baisse du taux de change de la monnaie unique.
(...)
Aussi bien Nicolas Sarkozy que sa rivale socialiste Ségolène Royale ont fait de l'euro un sujet de campagne présidentielle. Tous deux exigeaient alors une remise à plat des compétences de la BCE, accusée, par des hausses de taux d'intérêt à répétition, qui dopent l'euro, de sacrifier la croissance sur l'autel de la lutte contre l'inflation.
(...)
Angela Merkel, qui est montée à plusieurs reprises au créneau au cours de ces derniers mois pour réaffirmer son attachement à l'indépendance de la BCE, a recommencé mardi.
"L'indépendance de la Banque centrale européenne est un point crucial. Et c'est pourquoi il n'est pas question pour l'Allemagne de changer d'avis en ce moment" a-t-elle tranché.
(...)
Au delà, Angela Merkel semble se préparer à des temps orageux avec son homologue français. Le magazine Der Spiegel paru lundi faisait état d'une conversation inattendue de la chancelière avec son prédécesseur Gerhard Schröder lors d'une soirée organisée il y a une semaine par le groupe parlementaire social-démocrate.
Les Allemands vont encore avoir des problèmes avec Nicolas Sarkozy, qui veut à toute force imposer les intérêts français, confiait-elle à son ancien rival social-démocrate, selon des propos au style indirect. Lors du sommet européen de juin, le nouveau locataire de l'Elysée a encore joué un rôle constructif, car ses intérêts coïncidaient par hasard avec ceux des Allemands, aurait-elle dit, avant d'ajouter: mais ce n'est qu'une question de temps avant que l'affrontement n'éclate.
Et pourtant, Nicolas Sarkozy persiste et signe. Voici un extrait de la lettre de mission reçue hier par Christine Lagarde.
En concertation avec nos partenaires, vous vous fixerez l'objectif de parvenir à un gouvernement économique de l'Europe, et plus particulièrement de la zone euro.
Les pays membres de la zone euro doivent d'abord rechercher une plus grande convergence de leurs politiques économiques. Ils doivent ensuite pouvoir dialoguer réellement avec la Banque centrale européenne afin de doter la zone euro d'une stratégie monétaire. Vous examinerez notamment dans quelle mesure pourrait être élaboré un accord entre l'Eurogroupe et la Banque centrale européenne permettant de préciser les conditions de ce dialogue et les modalités de mise en œuvre d'une politique de change.
Vous n'hésiterez pas à proposer des réformes institutionnelles pour un meilleur fonctionnement économique de la zone euro, permettant d'engranger de la croissance, de l'emploi et de la prospérité.
Pas sûr que ces "réformes institutionnelles" réclamées par Nicolas Sarkozy rassureront la chancelière allemande. A quoi pourrait-elles référer d'autre qu'une évolution de l'article 108 du traité de Rome ? Pourtant, les aspirations de Nicolas Sarkozy de faire de l'Eurogroupe un contrepoids à la BCE ont été sèchement rejetées, tant par le président de la Commission que par le président de l'Eurogroupe : pour eux, la réflexion que le président français réclame est du ressort de l'Ecofin. Qui, comme chacun sait, n'a aucune chance de faire adopter cette "politique de change de l'euro", un peu plus de la moitié de ses membres n'ayant pas adopté la monnaie unique - mais je me répète.
Alors pourquoi tant d'acharnement de ma part sur le sujet ? Tout simplement parce que, pour moi, l'euro n'est pas un bouc émissaire. Ségolène Royal aurait-elle fait les mêmes sorties une fois élue présidente que ma réaction aurait été identique, cher François Mitterrand. Dois-je faire l'injure à l'artisan du lien franco-allemand que vous fûtes de prêter attention à la manière dont les fanfaronnades françaises sont perçues à Berlin ?
Retour à des sujets davantage franco-français très prochainement.
(photo : David Hecker/AFP/DDP)
14:05 Publié dans miscellanées | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, sarkozy, allemagne, merkel, bce, eurogroupe, bruxelles
10.07.2007
N. Sarkozy c. BCE : un jeu partout, service à suivre ?
Nicolas Sarkozy était attendu à Bruxelles. Quoiqu'encore tout ébaubis de sa prestation, dans la nuit du 22 au 23 juin, au Conseil européen, les journalistes européens se demandaient toujours de quel bois Sarkozy-l'européen était fait. La réponse pourrait être plus nuancée que celle montrée dans nos journaux français : loin de la solidité revendiquée, certaines de ses positions de candidat sont plus vermoulues qu'il ne veut bien le montrer.
En apparence, tout est simple : entre le blanc-seing obtenu par le nouveau ministre de l'Economie Président sur sa politique économique et la carte Strauss Kahn admirablement abattue, Nicolas Sarkozy ne se serait pas déplacé à Bruxelles pour rien hier soir. Même Yves Clarisse, de chez Reuters, peu suspect de connivence sarkozyste, y va de son titre choc : "Sarkozy obtient la bénédiction de l'eurogroupe sur les déficits." A priori, donc, Nicolas Sarkozy aurait conquis l'eurogroupe, et serait bien parti pour réussir à en faire le contrepoids qu'il appelle de ses voeux, à cette banque centrale européenne qu'il n'a de cesse de critiquer.
Fable. Oui, mais voilà, tout le monde ne partage pas cet avis. Les journalistes bruxellois de The Economist, par exemple, n'y vont pas avec le dos de la cuiller. L'absence de Joaquin Almunia, le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, à la conférence de presse ou bien les SMS reçus des délégations ministérielles présentes lors du sommet dessinent de l'expédition bruxelloise du Président un toute autre tableau que la "fable" (sic) que Nicolas Sarkozy voudrait conter.
Mais il y a plus révélateur encore. Pendant la petite vingtaine de minutes qu'a duré la conférence de presse conjointe tenue avec Jean-Claude Junker -qui a d'ailleurs vu son bras frénétiquement tapoté par le Président français à chaque occasion possible- un autre sujet est venu sur le tapis. Et le nouveau Président s'est montré nettement moins convainquant.
Fin de non-recevoir. Un journaliste de l'édition allemande du Financial Times a profité de l'occasion qui lui était donnée pour tirer au clair les attaques répétées de Sarkozy contre la Banque centrale européenne, qui, lit-on, ça ou là, susciteraient l'ire de la chancelière allemande.
Voici la question :
Voici la réponse à la première question.
Etendre la réflexion de l'eurogroupe au conseil écofin est une manière plutôt subtile et élégante de la part de Bruxelles d'opposer une fin de non-recevoir aux volontés de Nicolas Sarkozy - voire de se protéger contre ses velléités sur l'indépendance de la Banque centrale européenne. Le conseil écofin, qui regroupe tous les ministres des finances de l'UE, n'est pas l'eurogroupe. Dans le cadre de l'eurogroupe, Nicolas Sarkozy ne pourra qu'à la marge plaider pour une politique active en matière de change, tout simplement parce que plus de la moitié des ministres qu'il aura alors en face de lui ... ne seront pas concernés !
Cette gêne, à vrai dire, on peut facilement l'expliquer. Soudain, être forcé à tant de retenues ; soudain, devoir user d'euphémismes pour parler de Jean-Claude Trichet. J'ai assisté au meeting de Lille, le 28 mars dernier. A l'époque, l'aspirant-président ne prenait pas de gants contre un "euro (qui) a fait monter les prix", responsable des "salaires trop bas". A l'époque, il était encore question de déclencher "une offensive diplomatique pour obtenir de nos partenairs qu'ils fassent pression sur la BCE", cette "banque centrale qui ne peut pa continuer à n'avoir de comptes à rendre à personne". A l'époque, enfin, l'aspirant n'hésitait pas à faire siffler ces "commissaires européens, (ces) dirigeants de banque centrale (qui) pensent à votre place, décident à votre place" - c'était à la toute fin, adhésion garantie.
Alors, oui, on comprend qu'il y a de quoi être quelque peu gêné, aujourd'hui, quand Jean-Claude Juncker siffle la fin de la partie. "Personne ne met en cause l'indépendance de la banque centrale." S'il s'entête vraiment à vouloir faire le break, il risque de trouver plus fort que lui sur son chemin.
07:00 Publié dans miscellanées | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, juncker, bruxelles, bce, eurogroupe, politique
06.07.2007
Entre deux échanges sur la fusion GDF-Suez, Nicolas Sarkozy et Albert Frère font joujou avec leurs téléphones...
Dimanche 2 juillet, les parlementaires arpentent sous la pluie les fêtes de fin d'école et autres foires agricoles dans leurs circonscriptions. Nicolas Sarkozy et Albert Frère s'en fichent : ils profitent des charmes du Fort de Brégançon. Et comme la fusion GDF-Suez, au bout d'un moment, c'est un poil barbant, les deux compères décident de s'amuser un peu.
Nicolas S. : Elle m'emmerde cette fusion, elle m'emmerde ! Et tu le sais bien ! Déjà, il y a ce que j'avais étais assez bête pour annoncer, en 2004 quand j'étais à Bercy, en plus j'ai Guéant qui tire dans un sens, Guaino dans un autre ... Et puis toi qui t'en vas acheter des parts d'Iberdola. Comme si il n'y avait pas suffisamment de rumeurs qui courent ! Mais t'inquiètes pas. Quel que soit le résultat, tu seras le premier informé. Tiens, d'ailleurs, histoire de faire comprendre à Fillon que c'est bien moi le maître l'agenda, on va dire à Guéant d'annoncer que dans les quinze jours, tout est plié. Il rencontre La Tribune aujourd'hui, l'interview sort demain, c'est bien comme timing, non ?
Albert F.: OK. Mais je veux vraiment que tu me tiennes au courant des discutions avec Gérard et Jean-François, je suis pas monté à 9,5% du capital de Suez pour rien ...
Bon, assez parlé de cette fichue fusion, et on va encore assez s'en parler les prochains jours. C'est coquet, dis-moi, ton nouveau chez toi ; et puis cette vue sur la Méditerranée, sur Bormes-les-Mimosa, ...
Nicolas S. : Et attends Albert, t'as rien vu encore ! Le mieux, c'est les services qui vont avec. Tiens, regardes. Je peux téléphoner à qui je veux, où je veux, quand je veux. Vas-y, dis moi un nom, dans 3 minutes on est avec lui au téléphone... Chiche ?
Albert F. : Chiche ! J'ai une idée : et si on appelait Didier Reynders ? Tu pourrais le féliciter, tu sais, pour la victoire de son pari aux législatives, chez moi...
Nicolas S. : Pfff ... Trop facile. J'ai son numéro de portable. On est des bons potes avec Didier, on se comprend, il a été ministre des Finances, moi aussi ...
Nicolas sort son blackberry non-sécurisé, farfouille dans le répertoire. Interdit de l'utiliser, il décroche l'un des appareils sécurisé à sa disposition. Mais c'est trop tard, Albert Frère l'a devancé. Lui n'est pas privé de GSM.
Albert F. : Oh le con ! Il est sur messagerie !
Nicolas S. : Ah mais ça va pas se passer comme ça. Attends, j'appelle le centre de crise de l'Elysée, ils vont me le trouver Didier !
Dix minutes passent, le téléphone sonne.
Un opérateur de la cellule de crise de l'Elysée : Monsieur le Président ? C'est bon, on a localisé M. Reynders. Il est au bout du fil, on vous met en relation.
Nicolas S. : Allô, Didier ? C'est Nicolas. Bravo !
Didier R. : Hein ? Nicolas, c'est toi ? Mais pourquoi tu m'appelles chez moi un dimanche ? Je suis à table, là ! Avec ma famille, on est à Hesbaye, c'est dans la campagne.
Nicolas S. : Ah, c'est pour ça alors qu'on est tombé sur ta messagerie ! Me dis pas que t'as pas de réseau quand même. Nous aussi on est à table, je suis avec Albert Frère, on parlait de Suez-GDF ... Et puis on s'est dit qu'on allait t'appeler, histoire de te féliciter pour ta brillante victoire aux législatives ! Alors, on se voit bientôt, aui Portugal, pour le prochain Conseil européen, tu seras là !
Didier R. : Euh ... tu sais, ça va sans doute être un peu plus compliqué que ça ... Je suis pas encore Premier ministre, loin de là.
Nicolas S. : Ah ?! Bon, en tout cas, ça m'a fait bien plaisir de t'avoir au bout du fil. Tu salues ta femme pour moi ? Allez, bisous bécos.
Dialogue reconstitué à partir de deux articles de La Libre Belgique, et du blog "Europe" de The Economist - qui ne manque pas de railler les manières de notre Président. Du déjeuner entre Nicolas Sarkozy et Albert Frère - qui détient près de 10% de Suez, faut-il le rappeler- on ne sait rien. Alors que la semaine est cruciale pour la fusion GDF-Suez et que, comme le titre Le Figaro, "Sarkozy s'empare du dossier", rien à faire, la rencontre n'apparaît sur aucun agenda.
16:15 Publié dans les dialogues (à peine) imaginaires | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : albert frère, nicolas sarkozy, fusion, gdf, suez, sarkozy
05.07.2007
TEPA cap' de rester étudiant - ou l'exonération d'impôt pour les moins de vingt-cinq ans est-elle une déclaration de guerre générationnelle ?
Mais dans un an, mon futur employeur risque de me demander de prolonger encore un peu mon statut estudiantin, histoire que je lui coûte un peu moins. Et je m'empresserais de courir à la fac la plus plus proche, m'inscrire dans une formation que je ne suivrais pas, dans l'unique but de conserver le précieux sésame - à mon niveau d'étude, je peux postuler à une année de préparation au capes, ou à l'agrégation, ou bien encore à n'importe quel master de recherche, sans être spécialement sélectionné. Une fois dûment inscris, je pourrais alors narguer d'un sourire carnassier tous ceux qui ont dépassé les 25 ans et qui, comme moi, aspireront à décrocher un contrat.
Car voyez-vous, vous les vieux qui avez dépassé les 25 ans, vous ne pourrez prétendre à un affranchissement total de l'impôt, et vous ne pourrez faire jouer la concurrence à la baisse autant que moi. Bref, au jeu des enchères inversées, ne cherchez pas, je vous bats : à salaire égal, un peu plus que vous, à la fin du mois, toujours me restera.
Pas fous, les conseillersdu président de la République de madame le ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi ont bien posé des conditions : ils savent en effet qu'introduire une discrimination sur le seul motif de l'âge exposerait immanquablement leur "exonération d'impôt des étudiants qui doivent travailler pour financer leurs études" à une censure du Conseil constitutionnel, incapables qu'ils seraient de justifier que "la différence de traitement qui résulte (de cette discrimination est) en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit" (1). Et elles sont draconiennes, leurs conditions, jugez-en plutôt... Me voilà en effet affranchi de l'impôt, conformément au 36° de l'article 81 du code général des impôts nouvellement rédigé, pour toutes mes "activités exercées pendant (mes) études, secondaires ou supérieures, ou exercées durant leurs congés scolaires ou universitaires, dans la limite de trois fois le montant mensuel du salaire minimum de croissance."
Que n'aurait du promettre le candidat Sarkozy aux salariés de travailler plus pour gagner plus : il permet à mon futur employeur de me faire travailler autant, en me payant moins.
je ne peux guère que me rassurer en lisant des compte-rendus de séance de commission qui montrent qu'a priori, je ne suis pas le seul à avoir compris de travers.
08:00 Publié dans miscellanées | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, assemblee, impots, sarkozy, projet de loi, travail, emploi





