16.02.2008

les degrés de lecture

Dumay, la voix des journalistes, le héraut de l’indépendance dressé contre l’appétit capitaliste, a été forcé de partir par les patrons.

Frédérique Roussel se prend pour Edwy Plenel. Et ne revient même pas sur cet éloge du conflit publié par l'ex-patron de la société des rédacteurs du Monde (SRM) dans l'une de ses toute dernière chronique hebdomadaire.

22.08.2007

Connaissez-vous, ne serait-ce que de nom...

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Aujourd'hui, Libération semble prédire le début de la fin pour Ségolène Royal. A la question "à votre avis, qui serait le meilleur leader pour la gauche au cours des années qui viennent?" posée par l'institut LH2, la présidente du conseil régional Poitou-Charentes est écrasée par Dominique Strauss-Kahn (30 % contre 15%).
 
f7071d99efff4ae6f0657b941491f6a4.jpg Oui mais voilà, il y a un hic, que Renaud Dély ne manque pas de soulever dans son article d'analyse. Le bon score de DSK tient à son plebiscite ... par les électeurs de droite.  Chez les sympathisants de gauche, Ségolène Royal est encore au coude à coude avec lui (24 %, balle au centre), le devance même chez les sympathisants socialistes (31 % contre 27%). Autant dire que Ségolène Royal est loin d'être sur la touche, elle qui, dimanche, confiait au JDD être "définitivement délivrée de l'amertume", tout en s'apprêtant sortir un livre intitulé L'étrange défaite.

Au-delà, quelques points intéressants dans les réponses aux trois questions posées :

- Olivier Besancenot truste une troisième place qui, personnellement, me laisse pantois. Comment, dans le même temps, réclamer de la gauche qu'elle "élabore des programmes clairs" (première priorité, sympathisants de gauche ou socialistes et ensemble des Français pour une fois confondus), et plébisciter le représentant de la LCR ?

- Les Français attendent des socialistes qu'ils "acceptent" "le système économique actuel" plutôt qu'ils ne le "contestent" (15% contre 10%), les sympathisants de gauche pensent l'inverse (12% pour l'acceptation, 17% pour la contestation), les sympathisants socialistes sont paumés (13% pour l'acceptation, 14% pour la contestation) : les mecs, si vous comptiez sur les sondages pour déterminer votre position, c'est râpé, il va falloir vous creuser un peu les méninges. 

- Et puis il y a cette surprise : Razzye Hammadi est le plus connu d'une nouvelle génération pour le moins hétéroclite (le sondage mélange Peillon, Boutih, Valls, Hammadi). Contrairement à ce qu'écrit Renaud Dély, il faut sans doute creuser un peu loin que "l'effet Toulon" pour expliquer la performance du leader MJS, qui arrive en tête à la question "Connaissez-vous, ne serait-ce que de nom ... ?", avec un taux de notoriété de 39%. Le sondage a été réalisé les 17 et 18 août, soit avant l'excursion varroise de François Hollande et Razzye Hammadi - l'après-midi du 18.

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Sans rapport, dans ce même numéro de Libé, Didier Pourquery signe son premier éditorial. Sans s'éloigner du Sarkozy bashing attrape bobo, ses critiques de la mal législation font du bien.

 

19.07.2007

Killed Bild, Libé sauvé ?

Projets de loi à gogo, discours par poignées : les sujets potentiels ces derniers jours n'ont pas manqué, et l'hémicycle est au centre des débats. Je ne les oublie pas, et les garde bien au chaud. En attendant, petite incursion dans le monde merveilleux des quotidiens nationaux.

Il arrive en jean, sa poche arrière est déformée par un portefeuille, une petite chaîne argentée l'accroche à sa ceintue. Il a le crâne complètement dégarni, parle fort et vite, accent du sud ouest prononcé. Il fait des grands gestes. Puis trace un schéma qui "résume tout ce qu'est un nouveau journaliste". Il l'a griffonné dans le train qui l'a amené. Gestionnaire de contenus-traducteur-reporter, le journaliste doit être multicompétent, spécialiste en rien mais dilettante de talent, se garder de l'expression de toute opinion. Et, surtout, "écrire pour ses lecteurs, pas pour les autres journalistes". Les 37 journalistes qui sont sous ses ordres, dans les dix plus grandes métropoles françaises sont "interdits de Clubs de la presse", parce qu'ils "n'ont pas vocation à devenir des notables locaux". Leur job ? "Courir. Ils courent toute la journée."

26a23299e62a145aa448fa889d674913.jpgA l'époque, Didier Pourquery est encore directeur de la rédaction de Métro. Dans une petite salle, il fait face à des étudiants qui, pour certains, deviendront journalistes. Il n'aime rien tant que le contact, apostrophe vertement ceux qui voient en lui le fossoyeur de la presse "à la française". Il raconte les bras de fer avec les ouvriers du syndicat du Livre quand Métro est arrivé en France, les bouclages et les distributions sous la protection de CRS. Dans cet océan de certitudes, c'est tout juste s'il confesse, de temps en temps, être saisi d'un doute. Mais il s'en fout : ces rares fois où le découragement se pointe, il a un truc. Ligne 1 le matin, station Défense, regarder les costumes cravates bien peignés qui "font la démarche" d'aller chercher dans les présentoirs verts le journal gratuit qu'il dirige : voilà qui le convainc qu'il a bien fait de participer au lancement du premier gratuit en France.

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Quelques mois plus tard, le même homme. Même type de public, mais une carte de visite un peu différente en poche. Didier Pourquery a été débauché par le groupe Axel Springer pour plancher sur le projet d'un Bild à la française. Le portefeuille et la chaîne ont disparu, pas l'accent ni le jean, encore moins le goût du contact. On le présente comme ancien de Libé, du Monde, de Métro. Il s'agace : "Mais je suis aussi passé par Gala et Voici, et j'en suis fier, je ne comprends pas pourquoi devant certains publics on paraît comme gêné de le dire." Pour le reste, le discours est encore un peu plus musclé. Les quotidiens classiques "oublient leurs lecteurs" ?  La seule solution, c'est de tout chambouler, créer un nouveau titre qui permettra de faire évoluer les mentalités. Toute réforme de l'intérieur serait impossible.
A force de l'entendre tout remettre en question, nier la possibilité de réformes, on le prendrait presque pour un vieux maoïste. Il désapprouve. Pour lui, le Bild français permettra de sauver la presse écrite, un point c'est tout : voilà qui le convainc qu'il a bien fait de participer au lancement du nouveau quotidien populaire payant en France. 

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Axel Springer jette l'éponge le 5 juillet, le Bild français ne se fera pas. Didier Pourquery au chômage ? Allons bon. Huit jours plus tard, c'est le nouveau directeur délégué de la rédaction de Libération. En 2005, dans un chat sur nouvelobs.com, il avait évoqué le quotidien de la rue Béranger.

J'ai commencé à travailler dans ce journal, c'est grâce à lui que je fais mon métier et j'ai confiance dans le "code génétique" de ce quotidien. Il peut être un beau journal intellectuel, de grand reportages, de bonnes enquêtes, de débats et de tendances. Il a tout pour réussir sur le créneau du magazine quotidien exigeant. Il faut simplement qu'il surmonte sa crise de management actuelle et puisse vaincre certains de ses vieux démons (confondre exigeance et méchanceté, par exemple ou se complaire dans la haine de soi, mais bon, ce que j'en dit...).

Laurent Joffrin est ravi, mais devra encore compléter sa dream-team, avec le départ annoncé de Renaud Dély, l'un de ses adjoints actuels vers Le Parisien. En attendant, selon lui, la véritable plus-value Didier Pourquery, ce sont "ses connaissances marketing pour que le contenu corresponde à notre lectorat". Il le dit, dans un article de 20 minutes, avant de préciser : "Nous nous préoccupons beaucoup plus qu’avant de l’effet de nos unes sur les ventes. C’est une nouveauté sur laquelle nous travaillons déjà depuis plusieurs mois. Et évidemment, la baisse de nos ventes reste une priorité." Didier Pourquery va avoir son mot à dire : voilà qui le convainc de sauver le soldat Libé.

Et moi d'attendre avec beaucoup d'impatience la nouvelle formule de la fin septembre. 

(photo : nouvelobs.com)