06.08.2007

Allô Albert, je vais chez notre copain Paulo, tu viens ?

(suite de la conversation entamée à Brégançon, le 2 juillet dernier)

Nicolas Sarkozy est au bord du lac Winnipesaukee, et commence à trouver le temps long. Taquiner le goujon et boire la tasse sur son canoë, ça va bien cinq minutes, d'autant que son Ipod chargé au son de Didier Barbelivien n'a rien d'étanche. Il y a bien ces journalistes, "accourus" l'interroger pour "couvrir" ses vacances, comme le dit joliment Reuters. Mais les affaires, ça manque quand même. Alors Nicolas décroche son Blackberry - au diable les consignes de sécurité du triste Alain Juillet, ici, il est "dans l'Amérique profonde", rien à craindre. 

e62b57cae10042f58e30d87b7396a5c5.jpgNicolas S. : Allo Albert, c'est Nicolas ! Ca va ?

Albert F. : Ah, enfin, j'ai cru que tu m'avais oublié depuis le temps, tu sais. Et puis, tous ces signaux contradictoires envoyés ...

Nicolas S. : Oui, c'est vrai, j'avais promis de te tenir au courant. Mais tu sais, j'ai toujours ces deux boulets, là, Guaino et Guéant, qui sont (toujours) pas d'accord, et tout le gouvernement qui ramène ses pattes dans le dossier. Sans compter que j'ai pas eu beaucoup de temps à moi ces dernières semaines...

Albert F. : Bon, vas-y Nicolas, le temps c'est de l'argent. Qu'est ce qui t'amène ? T'as du neuf sur ce qui nous intéresse ?

Nicolas S. : Oui, enfin, du neuf, pas vraiment. Je suis aux Etats-Unis, là, tu sais. J'ai pensé que je pourrais en profiter pour faire un saut chez notre copain Paul, à Sagard. Je voulais savoir si tu as envie de te joindre à nous. C'est vrai, quoi, on ne s'est pas revu, tous ensemble, depuis le 6 mai au soir, et encore ... c'était un peu particulier.

Albert F. : Ah, tiens, c'est une bonne idée, ça ... Tu crois qu'il aurait de la place pour tous nous loger, mon cher Paulo

Nicolas S. : Oh, tu penses ! Quand tu entres dans la propriété, on t'ouvre un premier portail. Ensuite tu dois faire des kilomètres et des kilomètres avant d'arriver au château, alors, oui, je pense qu'il y aura de la place pour toi, Albert.

Albert F. : Bon, ça marche. Et tu me promets, tu vas me dire ce qu'il en est de ce foutu dossier, hein ?

Nicolas S. : Mais oui, ne t'inquiète pas. Allez, à bientôt vieux frère ... Ah ah ah, on te l'avait jamais faite celle là je suis sûr ... Allez, bisous, bécos.
 

Accordé, cette fois, le dialogue est plus impropable : je suis sûr qu'Albert Frère et Nicolas Sarkozy ont eu d'autres occasions d'échanger au cours de ce dernier mois, au sujet de la fusion GDF-Suez. Il s'agissait simplement de souligner que, sur ce dossier, Nicolas Sarkozy semble avoir une fâcheuse tendance à ne pas respecter les échéances que lui seul se fixe. Et d'en rajouter une couche sur sa curieuse tendance à passer ses vacances et autres week-end récupérateurs en compagnie d'amis dont les affaires se jouent, pour partie, à l'Elysée, et n'apparaissent en rien sur l'agenda officiel du Président de la République. Même si, c'est vrai, pour l'heure, l'hypothèse d'une visite de Nicolas Sarkozy chez Paul Desmarais n'a rien de confirmée.
  
(crédit photo : lcn.canoe.ca)

 

06.07.2007

Entre deux échanges sur la fusion GDF-Suez, Nicolas Sarkozy et Albert Frère font joujou avec leurs téléphones...

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Dimanche 2 juillet, les parlementaires arpentent sous la pluie les fêtes de fin d'école et autres foires agricoles dans leurs circonscriptions. Nicolas Sarkozy et Albert Frère s'en fichent : ils profitent des charmes du Fort de Brégançon. Et comme la fusion GDF-Suez, au bout d'un moment, c'est un poil barbant, les deux compères décident de s'amuser un peu.  

d7c2332264291f466dc2b336c5237992.jpgNicolas S. : Elle m'emmerde cette fusion, elle m'emmerde ! Et tu le sais bien !  Déjà, il y a ce que j'avais étais assez bête pour annoncer, en 2004 quand j'étais à Bercy, en plus j'ai Guéant qui tire dans un sens, Guaino dans un autre ... Et puis toi qui t'en vas acheter des parts d'Iberdola. Comme si il n'y avait pas suffisamment de rumeurs qui courent ! Mais t'inquiètes pas. Quel que soit le résultat, tu seras le premier informé. Tiens, d'ailleurs, histoire de faire comprendre à Fillon que c'est bien moi le maître l'agenda, on va dire à Guéant d'annoncer que dans les quinze jours, tout est plié. Il rencontre La Tribune aujourd'hui, l'interview sort demain, c'est bien comme timing, non ?

30fe962f0e9b0efa3c70cb9b71db1c2b.jpgAlbert F.: OK. Mais je veux vraiment que tu me tiennes au courant des discutions avec Gérard et Jean-François, je suis pas monté à 9,5% du capital de Suez pour rien ...
Bon, assez parlé de cette fichue fusion, et on va encore assez s'en parler les prochains jours. C'est coquet, dis-moi, ton nouveau chez toi ; et puis cette vue sur la Méditerranée, sur Bormes-les-Mimosa, ...

Nicolas S. : Et attends Albert, t'as rien vu encore ! Le mieux, c'est les services qui vont avec. Tiens, regardes. Je peux téléphoner à qui je veux, où je veux, quand je veux. Vas-y, dis moi un nom, dans 3 minutes on est avec lui au téléphone... Chiche ?

Albert F. : Chiche ! J'ai une idée : et si on appelait Didier Reynders ? Tu pourrais le féliciter, tu sais, pour la victoire de son pari aux législatives, chez moi...

Nicolas S. : Pfff ... Trop facile. J'ai son numéro de portable. On est des bons potes avec Didier, on se comprend, il a été ministre des Finances, moi aussi ...

Nicolas sort son blackberry non-sécurisé, farfouille dans le répertoire. Interdit de l'utiliser, il décroche l'un des appareils sécurisé à sa disposition. Mais c'est trop tard, Albert Frère l'a devancé. Lui n'est pas privé de GSM.

Albert F. : Oh le con ! Il est sur messagerie !

Nicolas S. : Ah mais ça va pas se passer comme ça. Attends, j'appelle le centre de crise de l'Elysée, ils vont me le trouver Didier !

Dix minutes passent, le téléphone sonne.

Un opérateur de la cellule de crise de l'Elysée : Monsieur le Président ? C'est bon, on a localisé M. Reynders. Il est au bout du fil, on vous met en relation.

Nicolas S. : Allô, Didier ? C'est Nicolas. Bravo ! 

Didier R. : Hein ? Nicolas, c'est toi ? Mais pourquoi tu m'appelles chez moi un dimanche ? Je suis à table, là ! Avec ma famille, on est à Hesbaye, c'est dans la campagne.

Nicolas S. : Ah, c'est pour ça alors qu'on est tombé sur ta messagerie ! Me dis pas que t'as pas de réseau quand même. Nous aussi on est à table, je suis avec Albert Frère, on parlait de Suez-GDF ... Et puis on s'est dit qu'on allait t'appeler, histoire de te féliciter pour ta brillante victoire aux législatives ! Alors, on se voit bientôt, aui Portugal, pour le prochain Conseil européen, tu seras là !

Didier R. : Euh ... tu sais, ça va sans doute être un peu plus compliqué que ça ... Je suis pas encore Premier ministre, loin de là.

Nicolas S. : Ah ?! Bon, en tout cas, ça m'a fait bien plaisir de t'avoir au bout du fil. Tu salues ta femme pour moi ? Allez, bisous bécos.

Dialogue reconstitué à partir de deux articles de La Libre Belgique, et du blog "Europe" de The Economist - qui ne manque pas de railler les manières de notre Président. Du déjeuner entre Nicolas Sarkozy et Albert Frère - qui détient près de 10% de Suez, faut-il le rappeler- on ne sait rien. Alors que la semaine est cruciale pour la fusion GDF-Suez et que, comme le titre Le Figaro, "Sarkozy s'empare du dossier", rien à faire, la rencontre n'apparaît sur aucun agenda.