12.07.2007

un peu de S.A.V.

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"Ce n'est qu'une question de temps avant que l'affrontement n'éclate." L'hebdomadaire allemand Der Spiegel prête à Angela Merkel ces propos. Mais de qui parlerait ainsi la chancelière allemande ? De notre nouveau Président, pardi !

Ma sortie sur le voyage bruxellois de Nicolas Sarkozy a fait exploser le trafic ici. Mes nouveaux lecteurs (soyez les bienvenus, vous êtes ici chez vous) n'ont cependant pas tous la bienveillance de versac : un parti-pris antisarkozyste systématique nuirait à "l'honnêteté intellectuelle" de mes écrits, commentent certains, ici, et/ou ailleurs.

Histoire de préciser l'intention qui était la mienne, voici trois lectures pour éclairer la visite du Président à Bruxelles, et, plus largement, les vues présidentielles sur une politique de change de l'euro.  

D'abord, le procès-verbal de l'intervention de Jean-Claude Juncker hier -mercredi 11 avril- devant le Parlement européen, réuni en pleinière à Strasbourg. 

Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Monsieur le Président de la Banque centrale, Madame la Présidente de la commission, Messieurs les rapporteurs, Mesdames, Messieurs,
(...)
Les journaux européens, surtout ceux de cette semaine, nous rapportent les propos qui auraient été échangés, lors d'un récent Eurogroupe, avec un visiteur du soir que nous avions le plaisir d'accueillir. Je lis le résumé de ces longs débats dans des éditoriaux qui tiennent en vingt cinq lignes à peine, et nous nous plaignons que les Européens soient mal informés de la réalité européenne! Soit.
(...)
Vous n'ignorez pas que (...) l'Eurogroupe informel qui s'est réuni à Berlin le 20 avril a pris une décision qui engage, puisque nous avons dit que tous les États membres devraient se retrouver à l'objectif à moyen terme en 2008 et 2009, certains ayant obtenu, sans voir leur cas être précisé, de devoir y être en 2010. Jamais il ne fut question de n'y être qu'en 2012. Ce fut, bien sûr, le menu principal  lorsque, récemment, en début de semaine, nous avons rencontré le Président français, qui est venu, ce dont il convient de se féliciter, nous expliquer, à l'Eurogroupe, les nouvelles lignes et les nouveaux axes de la politique économique et budgétaire française. Nous applaudissons des deux mains au train des réformes qui est engagé, puisqu'il s'agit de réformes structurelles voulues par le gouvernement et par le Président français, mais nous insistons sur ce que nous attendons et exigeons de la France: elle doit, comme les autres États membres de la zone euro, être au rendez vous à mi-parcours que nous nous sommes fixé au 1er janvier 2010.
(...)
Nous pensons tous, puisque c'est un sujet qu'évoque la presse, à la fois en France et outre Rhin (...) qu'aucun pays n'a essayé, dans une langue de travail quelconque de l'Union européenne, lundi dernier, dans le cadre de l'Eurogroupe, de mettre en cause l'indépendance de la Banque centrale. D'ailleurs, si quelqu'un se permettait de le faire, il ne suffirait pas de se montrer expressif dans sa façon d'articuler une pensée peu recommandable, encore faudrait il respecter les traités. Nous avons voulu une Banque centrale indépendante, nous avons une Banque centrale indépendante. Elle restera bien sûr une autorité monétaire centrale indépendante. (Applaudissements)    

Pour les éventuels curieux qui voudraient apprécier l'honnêteté de mes coupes, le sonore est , il dure un peu plus de 11 minutes (edit 14.42 : zut alors, le parlement utilise du .mpg pour ses fichiers sons, drôle d'idée... hautetfort n'aime pas, si j'ai du courage, je ferais peut-être une copie de la vidéo).
Ensuite, les commentaires d'Angela Merkel, elle-même. Avant-hier soir, elle était interrogée sur la chaîne RTL, pour une "sommerinterview". Mon niveau d'allemand étant ce qu'il est, je ne vous renverrai pas vers la vidéo de l'intervention, mais une dépêche AFP et un article du Financial Times d'aujourd'hui.

La chancelière Angela Merkel a fermement rejeté les appels de la France à une baisse de l'euro, un sujet qui risque, peu après l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, de mettre à l'épreuve le couple franco-allemand déjà à la peine dans le dossier EADS.

"Cela ne me dit vraiment rien. Je ne suis pas prête à aller sur ce terrain. Et le gouvernement allemand non plus", a déclaré la chancelière conservatrice dans une interview à la chaîne de télévision RTL diffusée mardi soir, alors qu'on lui demandait son avis sur de récentes propositions françaises d'oeuvrer en faveur d'une baisse du taux de change de la monnaie unique.
(...)
Aussi bien Nicolas Sarkozy que sa rivale socialiste Ségolène Royale ont fait de l'euro un sujet de campagne présidentielle. Tous deux exigeaient alors une remise à plat des compétences de la BCE, accusée, par des hausses de taux d'intérêt à répétition, qui dopent l'euro, de sacrifier la croissance sur l'autel de la lutte contre l'inflation.
(...)
Angela Merkel, qui est montée à plusieurs reprises au créneau au cours de ces derniers mois pour réaffirmer son attachement à l'indépendance de la BCE, a recommencé mardi.
"L'indépendance de la Banque centrale européenne est un point crucial. Et c'est pourquoi il n'est pas question pour l'Allemagne de changer d'avis en ce moment" a-t-elle tranché.
(...)
Au delà, Angela Merkel semble se préparer à des temps orageux avec son homologue français. Le magazine Der Spiegel paru lundi faisait état d'une conversation inattendue de la chancelière avec son prédécesseur Gerhard Schröder lors d'une soirée organisée il y a une semaine par le groupe parlementaire social-démocrate.
Les Allemands vont encore avoir des problèmes avec Nicolas Sarkozy, qui veut à toute force imposer les intérêts français, confiait-elle à son ancien rival social-démocrate, selon des propos au style indirect. Lors du sommet européen de juin, le nouveau locataire de l'Elysée a encore joué un rôle constructif, car ses intérêts coïncidaient par hasard avec ceux des Allemands, aurait-elle dit, avant d'ajouter: mais ce n'est qu'une question de temps avant que l'affrontement n'éclate.

Et pourtant, Nicolas Sarkozy persiste et signe. Voici un extrait de la lettre de mission reçue hier par Christine Lagarde

En concertation avec nos partenaires, vous vous fixerez l'objectif de parvenir à un gouvernement économique de l'Europe, et plus particulièrement de la zone euro.
Les pays membres de la zone euro doivent d'abord rechercher une plus grande convergence de leurs politiques économiques. Ils doivent ensuite pouvoir dialoguer réellement avec la Banque centrale européenne afin de doter la zone euro d'une stratégie monétaire. Vous examinerez notamment dans quelle mesure pourrait être élaboré un accord entre l'Eurogroupe et la Banque centrale européenne permettant de préciser les conditions de ce dialogue et les modalités de mise en œuvre d'une politique de change.
Vous n'hésiterez pas à proposer des réformes institutionnelles pour un meilleur fonctionnement économique de la zone euro, permettant d'engranger de la croissance, de l'emploi et de la prospérité.

Pas sûr que ces "réformes institutionnelles" réclamées par Nicolas Sarkozy rassureront la chancelière allemande. A quoi pourrait-elles référer d'autre qu'une évolution de l'article 108 du traité de Rome ? Pourtant, les aspirations de Nicolas Sarkozy de faire de l'Eurogroupe un contrepoids à la BCE ont été sèchement rejetées, tant par le président de la Commission que par le président de l'Eurogroupe : pour eux, la réflexion que le président français réclame est du ressort de l'Ecofin. Qui, comme chacun sait, n'a aucune chance de faire adopter cette "politique de change de l'euro", un peu plus de la moitié de ses membres n'ayant pas adopté la monnaie unique - mais je me répète.

Alors pourquoi tant d'acharnement de ma part sur le sujet ? Tout simplement parce que, pour moi, l'euro n'est pas un bouc émissaire. Ségolène Royal aurait-elle fait les mêmes sorties une fois élue présidente que ma réaction aurait été identique, cher François Mitterrand. Dois-je faire l'injure à l'artisan du lien franco-allemand que vous fûtes de prêter attention à la manière dont les fanfaronnades françaises sont perçues à Berlin ?

Retour à des sujets davantage franco-français très prochainement. 

(photo : David Hecker/AFP/DDP)