18.08.2007
La PQR, du mieux ?
Le Conseil d'État confondu avec le Conseil constitutionnel, un innocent présumé qui devient coupable. Même si, dans son traitement des faits-divers, la PQR tente de relever la barre, elle regorge encore de ces erreurs qui hérissent le poil, et donnent envie de passer son chemin.
C'est un article exhumé, sorti d'archives que l'on suppose poussiéreuses. De ceux que l'on rêve de ne plus jamais lire, de ceux qui font mal au ventre. Adjectif après adjectif, ligne après ligne.
Le site internet de La Voix du Nord a sauté sur "l'enlèvement de Roubaix" (la barette qui court en haut des trois premières pages du quotidien version papier depuis deux jours) pour proposer un contenu exclusif (dans un dossier étonnamment rangé sous le mot-clé "culture", passons). Une copie de l'article, qui, en 1989, rendait compte du procès qui a conduit les jurés de la Cour d'assises du Nord à condamner Francis Evrard à une peine de 27 ans de prison ferme, assortie d'une mesure de sûreté des deux tiers. Francis Evrard ? Mais si, voyons. Mercredi 15 août, il a a été retrouvé avec un petit garçon dans un garage de Roubaix, un mois tout juste après sa sortie de la prison de Caen, où il venait de terminer de purger sa peine.
Passons sur le style épouvantable, la multiplication des jugements de valeurs qui n'ont pas grand chose à faire dans un compte rendu d'audience, les contradictions. Ce que je retiens, c'est cette manière de réduire l'argumentation de la défense à néant avant même la fin du premier paragraphe, et surtout d'épouser "l'implacable" réquisitoire de l'avocat général. Le qualificatif employé dans la courte citation attribuée au parquet -"ignoble"- est précisément celui que l'on retrouve à plusieurs reprises sous la plume du journaliste - "actes pervers et ignobles", "son ignoble comportement".
Depuis, La Voix du Nord l'assure, tout a changé dans sa manière de traiter les faits divers. Sa charte éditoriale renouvelée (un gros pavé de 230 pages imprimées sur papier glacé et qui a poussé le mimétisme avec un mémoire étudiant jusqu'à en conserver fautes de frappe et d'orthographe) a été rédigée en 2006, lors du passage du quotidien au format tabloïd, en même temps que l'audition du rédacteur en chef et de deux faits-diversiers par la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau. A l'entrée "Les principes" dans la rubrique Faits divers / justice, elle plaide pour une "exigence très forte dans ce domaine (...) priorité pour notre journal", rappelle la nécessaire "connaissance de la loi, (l')écriture rapide, précise et rigoureuse", et décrit des journalistes qui se doivent d'être "extrêmement attentifs au principe de présomption d'innocence".
Alors, cet "enlèvement de Roubaix", l'occasion de ne pas répéter les erreurs du passé ? A voir.
Hier vendredi, ça commençait plutôt mal. Dans la rubrique "Le temps fort", le chapô affirme qu'"il y a une semaine, le Conseil d'Etat validait la loi renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs". Manque de bol, le Palais Royal a beau abriter à la fois Conseil d'Etat et Conseil constitutionnel, ce n'est pas le premier qui, jusqu'à preuve du contraire, peut être saisi par plus de 60 députés ou sénateurs pour examiner la constitutionnalité d'une loi et rendre des décisions attendues. Bref, pour la connaissance sinon des lois, au moins de la procédure législative, on repassera.
Du mieux sur le respect de la présomption d'innoncence, peut-être ? Pas franchement. Cette fois, c'est un article daté d'aujourd'hui samedi qui la fout mal. Sous le titre "Une médaille pour ceux qui ont aidé à retrouver Enis", voilà le quotidien qui juge Francis Evrard "coupable". Si, si, avant le tribunal correctionnel ou, plus vraisemblablement, la Cour d'assises du Nord, La Voix du Nord a rendu son verdict : "Xavier (l'un des deux médaillés, le conducteur de taxi) a conduit le coupable à deux reprises dans la journée de mercredi, dont une avec Enis."
Dans les deux cas, les articles sont balancés, réfléchis, ne sombrent pas dans le sirupeux. Bref, ils n'ont rien à voir avec le tissu de préjugés de 1989. Mais trouver de telles énormités a de quoi hérisser le poil. La PQR, du mieux, vraiment ?
(rien à voir, i'm claiming for myself : Technorati Profile)
12:45 Publié dans la presse et moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Enis, Roubaix, récidive, présomption d'innocence, journalistes, PQR

