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19.03.2008
On va sortir les ciseaux...

«On n'est jamais mieux servi que par soi-même.» En nommant Alain Marleix secrétaire d'Etat à l'intérieur et aux collectivités locales, l'Elysée fait fort : l'ex-secrétaire d'Etat aux anciens combattant est également le spécialiste-ès-investitures-et-cartes-électorales de l'UMP.
Allez, ce soir, place au storytelling. Les héroïnes du jour ? Trois circonscriptions du Pas-de-Calais -cinquième, sixième et septième, pour être précis- dont je vais vous narrer l'histoire. Vous allez voir, elles ne sont pas sans lien avec l'actualité du jour.
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Pendant fort longtemps, Boulogne-sur-mer (sous-préfecture d'un peu plus de 40 000 habitants) a eu son député à l'Assemblée. Calais, autre sous-préfecture, voisine d'une trentaine de kilomètres et première ville du département par ses quelque 80 000 habitants, avait également le sien. Boulogne et Calais, deux villes populaires, où des quartiers entiers sont acquis à la gauche. Cinquième et septième circonscriptions, deux circonscriptions à peu près égales en poids démographique (en jouant avec les villages alentours). Et deux circonscriptions de gauche. Du genre de celles où même un âne portant un bonnet de gauche serait élu [je concède bien volontiers que, depuis dimanche dernier et la mise à la porte de l'âne portant l'étiquette communiste jusqu'alors maire de Calais, cette phrase perd sans doute un peu de sa force, mais je maintiens]. Entre les deux, regroupant l'ensemble des (petites) communes de la Côte d'Opale situées entre Calais et Boulogne-sur-mer, il y a la sixième circonscription, qui s'enfonce un peu dans l'intérieur des terres. Celle-ci aussi est socialiste depuis belle lurette, et peu soumise au ressac des vagues de gauche et de droite successives.
En 1986, Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur de son état décide de donner une bonne leçon à ses indécrotables électeurs de gauche de réadapter les circonscriptions à la population, après l'augmentation du nombre de députés. Suivant une ligne directrice simple, précédement relevée ici, il redécoupe cette satanée carte électorale, avec une idée forte en tête : garantir, «en conditions normales de scrutin, un tiers des sièges à la droite, avec un petit avantage au RPR (ce qui correspond au rapport des forces dans le pays), un tiers à la gauche, l’attribution du dernier tiers résultant de la glorieuse incertitude du vote.» Que croyez qu'il arriva à nos trois circonscriptions ? Eh bien elles furent redecoupées. Du vrai travail d'orfèvre ou de boucher, selon le point de vue adopté.
Plusieurs quartiers de Calais et de Boulogne se sont trouvés regroupés dans une sixième circonscription nouvelle mouture. Pas n'importe lesquels, ces quartiers : si vous avez en tête les images de Boulogne-sur-mer quand les journalistes débarquent dans la famille de Scarface-aka-Franck Ribéry, vous comprendrez ce que je veux dire par là. Cohérence géographique et démographique ? Faible. Cohérence politique ? Totale. Cette nouvelle sixième circonscription, le RPR décide de faire une croix dessus - et ce n'est pas pour rien, au passage, qu'un dénommé Jack Lang y réussit son parachutage en 2002. En revanche, concentration maximale des efforts sur la septième circonscription : un chouilla plus bourgeoise et mâtinée d'un poil de ruralité, elle est éventuellement gagnable, en fonction de ... oh, la formule m'échappe. Comment disait-il, déjà, Charles ? Ah oui, c'est ça : de «la glorieuse incertitude du vote» - comprenez : des vagues successives et contradictoires si chères au coeur des électeurs français.
Bien entendu, les efforts ont fini par payer. Bien entendu, un député de droite finit par siéger, pour quelques années, à l'Assemblée. C'était en 1993 (tiens donc), un élu de droite dans une ville au coeur (encore) communiste.
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Pourquoi raconter aujourd'hui cette histoire ? Parce que en 1986, aux côtés de Charles Pasqua, dans les bureaux de la place Beauvau, il y avait un conseiller, ancien journaliste du quotidien gaulliste «La Nation» (a priori diplômé de l'Ecole de journalisme de Lille, qui, elle, curieusement, ne s'en souvient pas). Pas besoin de vous faire un dessin, même les plus fainéants et réfractaires aux liens ont compris de qui il s'agit.
Autant dire que, des histoires comme celles de ces deux circonscriptions, Alain Marleix, nouveau secrétaire d'Etat à l'intérieur et aux collectivités locales, en connaît des centaines sur le bout des doigts. Et, à part surveiller de près sa ministre de tutelle peu en cour chez les sarkozystes, quelle sera la mission au ministère de l'intérieur de celui qui règne en maître sur les investitures délivrées par l'UMP, croyez-vous ? Je laisse le soin à Michaël Darmon de vous l'annoncer :
Ah oui, décidément, c'est sûr : on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Le gerrymandering (voir la succulente définition qui en est donné ici) a sans doute de beaux jours devant lui, et c'est bien dommage. Comme l'a rappelé à maintes reprises le Conseil constitutionnel, cette fichue réforme de la carte électorale est indispensable. Pas les couteaux de boucher.
edit (jeudi 20 mars, 15.00) : un lecteur fidèle me fait suivre ce portrait que Philippe Ridet a consacré à Alain Marleix, dans Le Monde du 1er février. Pour vous mettre l'eau à la bouche, en voici l'accroche :
Un jour qu'il survolait la région Rhône-Alpes pour se rendre à une réunion publique, un ami qui l'accompagnait lui demanda : « On est où, là ? »
Alain Marleix jeta un oeil par le hublot de l'avion et répondit, catégorique : «Nous sommes au-dessus de la 3e circonscription de l'Ain.»
01:21 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : politique, remaniement, carte électorale, alain marleix, marleix, ump

