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28.01.2008
Les sénateurs à poil
C'est beau, un Parlement sous pression : alors qu'il examinait en urgence (comme d'habitude) le texte de Luc Chatel sur la consommation, le Sénat s'est retrouvé contraint de hâter l'ouverture des magasins le dimanche, et d'autoriser l'intervention par décret sur la quatrième licence de téléphonie mobile. Deux dispositions rajoutées à la demande du gouvernement (ou presque), et qui n'ont pas été examinés par l'Assemblée. Pourquoi en parler maintenant ? Parce qu'il y avait des témoins, qui retrouvent la mémoire...
C'est un dimanche soir au ralenti, avec une émission de Public Sénat en fond sonore : un reportage dans la coulisse de la loi Chatel, votée en décembre dernier. Ca ronronne (un peu), ça bataille (plus), ça administre (énormément). Mais plusieurs fois, la tête se redresse. Et tique : pendant plus de vingt minutes, c'est un peu de l'impuissance du Parlement qui s'étale sous nos yeux. Je ne résiste pas à un arrêt sur images.
Le contexte. La loi quoi, vous dites ? Mais si voyons, la loi sur le développement de la concurrence au service des consommateurs, du sous-ministre Luc Chatel, qui cause marges arrières, hotline, et autres joyeusetés du genre. Celle qui, une fois de plus, fait râler le fils de l'épicier de Landerneau.
Dans le reportage de Fabrice Cuney, on prend le train en marche au Sénat, après une première lecture à l'Assemblée nationale. Le conducteur, c'est le rapporteur du texte, le sénateur UMP de l'Eure-et-Loire, Gérard Cornu.
Première crasse. Ca commence de manière plutôt grossière. Souvenez-vous : les vigies des Assemblées n'avaient pas manqué de corner, contre cet amendement autorisant l'ouverture de certains magasins le dimanche. Certes non-cavalier, l'amendement en question n'en est pas moins fort opportun : plusieurs grandes surfaces (Conforama notamment) ont été condamnées à des amendes conséquentes, et les décisions du même accabit se multiplient. Avant le texte de loi qui, selon Xavier Bertrand, « ne peut plus être repoussé aux calendes grecques » , il faut parer au plus pressé, peu importe la forme.
Le sénateur socialiste du Maine-et-Loire Daniel Raoul ne digère pas (c'est lui qui l'a « en travers de la gorge » sur la vidéo ci-dessous), et le rapporteur Gérard Cornu (à gauche) n'a pas l'air franchement plus emballé :
Voyez d'ailleurs comment ce même rapporteur évoque l'amendement Debré, à chaud d'abord, et sur le plateau de Public Sénat après à la diffusion du reportage, ensuite :
Nous sommes alors dans la nuit du jeudi 13 au vendredi 14 décembre, la séance est levée à zéro heure cinquante-cinq. Les grandes surfaces sont libérées.
Seconde crasse. Mais ce n'est pas tout. Il est encore un autre sujet sur lequel le gouvernement se trouve fort empêtré : l'attribution d'une quatrième licence de téléphonie mobile. Free est sur les rangs, mais ne présente pas de garanties suffisantes, selon l'ARCEP. Pour permettre l'arrivée d'un quatrième opérateur, réclamée (a posteriori) jusque dans le rapport Attali, il faut agir, et vite : le gouvernement a besoin de l'autorisation du Parlement pour intervenir par décret sur le sujet. Présenté -et adopté- une première fois lors de l'examen du projet de loi de finances, l'amendement en question a déjà été retoqué - Authueil vous explique mieux que moi pourquoi ici, au cinquième paragraphe.
Ni une, ni deux, le 14 décembre au matin, le gouvernement retente sa chance, et présente de nouveau l'amendement. Cette fois, le rapporteur s'énerve, applaudi par quelques uns de ses collègues (je ne sais pas si ça applaudit souvent un sénateur, mais avouez que la scène est drôle) :
Roger Karoutchi, aka Droopy sous Lexomil, s'excuse à peine :
Bref, la partie semble compliquée. Mais patatras, Michel Raison finit par céder. Le docu de Fabrice Cuney nous montre comment le député récalcitrant rentre dans le rang, au grand étonnement des administrateurs du Sénat qui préparent la CMP (l'homme en costume sur la droite, la jeune demoiselle installée à côté du député). Des heures de débat passionné seraient-elles passées par là ? Que nenni, la réponse tient en quelques secondes :
Voilà, c'est dit : Michel Raison abdique pour ne pas avoir « d'ennuis » . Difficile de faire la part entre ce qui tient de la présence de la caméra et la sincérité, ces quelques mots ont quand même de quoi surprendre.
Mais bon, puisque le tout est filmé, il ne va pas trop en faire, non plus, n'est-ce-pas Michel ? Je vous laisse savourer les satisfecit de rigueur des deux rapporteurs :
Ah oui, j'allais oublier : la prochaine émission, diffusée courant février, nous dévoilera les dessous de la loi sur la récidive rétention de sûreté (edit) Miam, miam, j'en salive d'avance.
photo : dans les serres du Palais du Luxembourg, par Emmanuel Fradin
23:25 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, sénat, loi chatel, pouvoir d'achat, consommation
21.01.2008
tiens, un conseil européen pêche, aujourd'hui...
... Michel Barnier, ci-devant ministre de l'Agriculture et de la pêche, sera-t-il de taille pour assumer devant ses petits camarades européens du Conseil agriculture et pêche la sortie présidentielle de samedi, sur les quais du port de Boulogne-sur-mer (Pas-de-Calais) ?
Pour les distraits, petit rappel de cette nouvelle occasion d'euro-bashing, en quelques extraits sonores, selon une rhétorique bien rôdée :
1. ça commence par l'incontournable question :

2. ensuite, le soundbite - avec justification par le consensus, tant qu'à faire :

3. puis, enfin, la pique, coupée des jités, sur les pêcheurs asiatiques :

(et on pourrait rajouter, en fin de discours, un retour sur les quotas, histoire de bien enfoncer le clou, et de signifier à l'éventuel journaliste distrait que le thème du jour, c'était bien celui-là)
Moi, tout ça, ça m'a rappelé un petit dialogue, entendu la semaine dernière, sur France Inter, lors de l'émission du Téléphone sonne consacrée aux municipales, dans ma ville. Dans la salle de la fac de droit de Lille 1, un anti-Aubry monte au créneau, sur le thème de l'emploi à Lille. Il fait reposer les problèmes sur les supposées mauvaises relations entre la communauté urbaine de Lille et la ville de Lille. Accrochez-vous, l'argument est plutôt spécieux :

Je retiens la réponse du directeur de l'Institut d'Etudes Politiques de Lille, Pierre Mathiot :

Pourquoi mettre ça en ligne, ici et maintenant ? Tout simplement parce que je n'ai pas entendu grand monde remettre, si clairement et en moins de 20 secondes, sur les rails l'euro-basher de la rue du Faubourg Saint-Honoré.
09:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, europe, pêche, michel barnier, nicolas sarkozy, boulogne, lille
10.01.2008
I know a place ...
... where no cars go.
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Entendons-nous bien. Je suis extrêment sensible aux symboles, chiant à mourir dès que l'on touche à la représentation du pouvoir. Bref, que Nicolas Sarkozy vienne présenter ses voeux aux corps constitués à Lille, perpétuant la tradition lancée par Jacques Chirac l'année dernière à Metz, je n'ai absolument rien contre. Qu'un déplacement du président de la République implique des consignes de sécurité particulièrement élevées, là encore, j'entends bien.
De là à transformer la moitié de la ville en zone protégée parce que quelques agités s'excitent sur un site internet, j'ai quelques doutes - Lille, je vous assure, n'est pas une très grande ville.
Je me souviens avoir vécu à Bruxelles un Conseil européen (25 chefs d'Etat, à l'époque...), sans que l'on bloque tous les axes de circulation entre Zaventem et le Justus Lipsius...
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Rien à voir : vivement le 17 janvier. Toutes ces grandes plumes (qui, pour certaines, rédigent encore leur note de frais en francs) réunies, ça fait rêver.
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Rien à voir (bis) : en ce moment, les choses essentielles se passent ici.
00:15 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : insignifiant, sarkozy, voeux, lille, corps constitués, protocole


