24.08.2007
Perle d'hémicycle (1/2)
Finies échappées lointaines et digressions sur les approximations journalistiques, et retour au cœur de l’hémicycle, avec quelques perles piochées dans les débats parlementaires de la session extraordinaire de juillet 2007. Honneur tout d'abord à Christine Lagarde.
J’ai déjà eu l’occasion de dire l’utilité que je porte à la philosophie politique de John Rawls et trop regretté son absence du débat public, pour ne pas saluer la noble initiative de Christine Lagarde. Pendant quelques secondes, voilà une ministre de l'Économie plus remarquée pour son mépris de "la France qui pense" (voir ici pour les faits, là pour le courrier dont un lecteur américain s'est fendu au Monde), qui se risque à le faire revivre dans l'hémicycle. Las ! Il faut espérer que la prochaine fois que Christine Lagarde se lancera dans le débat d’idées, elle évitera de sacrifier la réflexion sur l’autel du bon mot facile. Mais assez palabré, savourons.Nous sommes le 10 juillet, et Christine Lagarde s’exprime pour la première fois devant la représentation nationale en tant que ministre de l’Economie. Tocqueville (beaucoup), Orsenna (un peu) sont convoqués pour défendre l’architecture générale du premier projet phare de la XIIIè législature. Le discours n'a rien à envier, niveau name droping à une chanson de Vincent Delerm : Confucius voisine Paul Lafargue, et l’Eurostar les 35 heures.
Au centre de son intervention axée sur le compromis entre justice et égalité ? John Rawls. Oh, sûr que Méhaignerie n'en fait pas une lecture radicale, non. Mais quand même. L'inamovible député de la 5è circonscription d'Ille-et-Vilaine bataille, entre autre, pour que la CSG ne soit pas comprise dans le bouclier - "certains d’entre nous n’éprouvent pas un enthousiasme excessif…à l’idée d’introduire la CSG dans le bouclier fiscal", euphémise-t-il. Il plaide au contraire pour l'instauration d'un "impôt minimum alternatif", seul "moyen de satisfaire à la fois les engagements du Président de la République et l’exigence d’équité (...)" Bref, conclut Méhaignerie : s'"il est normal de protéger le citoyen contre l’excès d’imposition d’un État, (...) l’État a aussi le devoir de faire en sorte que des personnes à hauts revenus contribuent à la dépense publique."La réponse tombe le lendemain. Foi de Christine Lagarde : "Je suis prête à travailler avec vous sur le sujet. C’est un engagement que vous pouvez prendre d’autant plus au sérieux que votre expérience et votre réflexion nous seront précieuses dans le travail que nous effectuerons sur ce texte." Par contre, John Rawls en prend un sacré coup : "Monsieur Méhaignerie, vous avez cité John Rawls. Je souhaite quant à moi évoquer sa théorie de la justice et son principe du voile d’ignorance, en vue de le lever (...)".
Conclusion ? Je suggère à Christine Lagarde de feuilleter Théorie de la Justice (ou un bon résumé) la prochaine fois qu'elle ira faire les cent pas, le lundi matin à 6 heures 17 à la Gare du nord : lever le voile d'ignorance, dans la théorie de Rawls, c'est empêcher toute possibilité de consentement à l'impôt.
Au prochain épisode, les traités onusiens revus et corrigés par Rachida Dati.
(photos : afp)
11:10 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, ps, lagarde, mehaignerie, rawls


Commentaires
oh John rawls, l'un des penseurs du socialisme libéral si je ne me trompe?
Ecrit par : romain | 24.08.2007
Tu te trompes, TJ n'est pas un travail de définition doctrinaire.
Ecrit par : Fr. | 25.08.2007
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