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10.07.2007

N. Sarkozy c. BCE : un jeu partout, service à suivre ?

 

8001f72fceb95b9643c2980c1579125b.jpgNicolas Sarkozy était attendu à Bruxelles. Quoiqu'encore tout ébaubis de sa prestation, dans la nuit du 22 au 23 juin, au Conseil européen, les journalistes européens se demandaient toujours de quel bois Sarkozy-l'européen était fait. La réponse pourrait être plus nuancée que celle montrée dans nos journaux français : loin de la solidité revendiquée, certaines de ses positions de candidat sont plus vermoulues qu'il ne veut bien le montrer.

 

 

En apparence, tout est simple : entre le blanc-seing obtenu par le nouveau ministre de l'Economie Président sur sa politique économique et la carte Strauss Kahn admirablement abattue, Nicolas Sarkozy ne se serait pas déplacé à Bruxelles pour rien hier soir. Même Yves Clarisse, de chez Reuters, peu suspect de connivence sarkozyste, y va de son titre choc : "Sarkozy obtient la bénédiction de l'eurogroupe sur les déficits." A priori, donc, Nicolas Sarkozy aurait conquis l'eurogroupe, et serait bien parti pour réussir à en faire le contrepoids qu'il appelle de ses voeux, à cette banque centrale européenne qu'il n'a de cesse de critiquer. 

Fable. Oui, mais voilà, tout le monde ne partage pas cet avis. Les journalistes bruxellois de The Economist, par exemple, n'y vont pas avec le dos de la cuiller.  L'absence de Joaquin Almunia, le commissaire chargé des affaires économiques et monétaires, à la conférence de presse ou bien les SMS reçus des délégations ministérielles présentes lors du sommet dessinent de l'expédition bruxelloise du Président un toute autre tableau que la "fable" (sic) que Nicolas Sarkozy voudrait conter. 

Mais il y a plus révélateur encore. Pendant la petite vingtaine de minutes qu'a duré la conférence de presse conjointe tenue avec  Jean-Claude Junker -qui a d'ailleurs vu son bras frénétiquement tapoté par le Président français à chaque occasion possible- un autre sujet est venu sur le tapis. Et le nouveau Président s'est montré nettement moins convainquant.

Fin de non-recevoir. Un journaliste de l'édition allemande du Financial Times a profité de l'occasion qui lui était donnée pour tirer au clair les attaques répétées de Sarkozy contre la Banque centrale européenne, qui, lit-on, ça ou , susciteraient l'ire de la chancelière allemande.

Voici la question :

 
Je vous l'accorde, en termes fleuris tout ceci est dit, mais l'essentiel est bien là : la première partie de la question interroge clairement les intentions du Président de faire de l'eurogroupe un opposant à la BCE - la manière dont l'imprécision des projets est relevée est tout bonnement délicieuse, avec ce "si j'ai bien compris". Quant à la seconde partie de la question, c'est une traduction en termes diplomatiques de "comptez-vous, oui ou non, faire pression sur la BCE, et remettre en question son indépendance? "

 

Voici la réponse à la première question.

Etendre la réflexion de l'eurogroupe au conseil écofin est une manière plutôt subtile et élégante de la part de Bruxelles d'opposer une fin de non-recevoir aux volontés de Nicolas Sarkozy - voire de se protéger contre ses velléités sur l'indépendance de la Banque centrale européenne. Le conseil écofin, qui regroupe tous les ministres des finances de l'UE, n'est pas l'eurogroupe. Dans le cadre de l'eurogroupe, Nicolas Sarkozy ne pourra qu'à la marge plaider pour une politique active en matière de change, tout simplement parce que plus de la moitié des ministres qu'il aura alors en face de lui ... ne seront pas concernés !

Et maintenant, la réponse à la seconde partie de la question :
 
 
Fin de la partie. Je sais pas pour vous, mais moi je prends un certain plaisir dans cette vidéo. On le sent gêné, notre Président. Oh, sûr que le naturel n'est pas loin : "on n'est pas exactement sur la même longueur d'ondes" fanfaronne-t-il, à propos de Jean-Claude Trichet. Oui mais voilà, il se rend bien compte, un peu tard, qu'il n'est plus face à un public acquis à sa cause dans un meeting de campagne, mais devant des journalistes. Alors, le voilà qui nuance quelque peu son propos son propos, qui passe la brosse à reluire, cherchant le soutien d'un Juncker qui évite alors soigneusement son bras. Et ainsi de suite.

Cette gêne, à vrai dire, on peut facilement l'expliquer. Soudain, être forcé à tant de retenues ; soudain, devoir user d'euphémismes pour parler de Jean-Claude Trichet. J'ai assisté au meeting de Lille, le 28 mars dernier. A l'époque, l'aspirant-président ne prenait pas de gants contre un "euro (qui) a fait monter les prix", responsable des "salaires trop bas". A l'époque, il était encore question de déclencher "une offensive diplomatique pour obtenir de nos partenairs qu'ils fassent pression sur la BCE", cette "banque centrale qui ne peut pa continuer à n'avoir de comptes à rendre à personne". A l'époque, enfin, l'aspirant n'hésitait pas à faire siffler ces "commissaires européens, (ces) dirigeants de banque centrale (qui) pensent à votre place, décident à votre place" - c'était à la toute fin, adhésion garantie.

Alors, oui, on comprend qu'il y a de quoi être quelque peu gêné, aujourd'hui, quand Jean-Claude Juncker siffle la fin de la partie. "Personne ne met en cause l'indépendance de la banque centrale." S'il s'entête vraiment à vouloir faire le break, il risque de trouver plus fort que lui sur son chemin.

(photo François Lo Presti/Reuters)

Commentaires

Bravo, excellent article et excellent rappel de ce discours qui m'avait aussi extrêmement choqué!

Le décalage entre la façon simple et très publicitaire qu'a Sarkozy de présenter le sujet aux Français, et la difficulté qu'il a à défendre ce simplisme face à de vrais responsables peu enclins à la démagogie est impressionnante.

Ecrit par : Pierre Catalan | 10.07.2007

Si vous n'étiez pas obsédés - et aveuglés - par votre entêtement anti-sarkozyste, peut-être certaines de vos démonstrations auraient-elles une crédibilité...
En l'occurence, concernant l'indépendance de la BCE, qui pouvait vraiment croire que NS allait la remettre en cause?? Un discours de campagne, c'est une chose, il faut chauffer la salle... Mais l'exercices des responsabilités impose plus de pragmatisme et je pense qu'il est carrément malhonête intellectuellement de chercher à se masquer les yeux devant chaque réussite du chef de l'état. L'enjeu d'hier était important pour la capacité de réformer de la France et on ne peut que saluer la défense de ses réformes faite par Sarkozy. Cela ne signifie pas pour autant qu'il ne trouvera pas les moyens de faire passer le message à Trichet qu'un euro trop fort, cela présente des inconvénients...

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Ecrit par : Tonton | 10.07.2007

@tonton : détrompez-vous, il n'est pas ici question d'antisarkozysme, simplement d'un élagrissement de la focale.

L'enjeu d'hier était "important", dites-vous. Bien. Mais en quoi, pour un président en exercice, se présenter devant des mnistres de l'eurogroupe, qui n'ont, somme toute, que peu de liberté d'agir contre vous, en remettant à septembre la présentation des mesures structurelles au titre desquelles vous prétendez à un "ajustement" du retour à l'équilibre est risqué ?

Non, vraiment. Pour le Président, c'était du tout cuit. Et personne ou presque pour relever que l'euro et la BCE ont,une fois de plus, été pris en otage, et que l'eurogroupe ne sera pas l'instrument d'inflexion de la politique monétariste de la BCE que Sarkozy (et d'autres) auraient voulu en faire. Est-ce que vous appelez un succès ? Moi non.

Ecrit par : article 33 | 10.07.2007

Nous avons le meme age, bravo pour ce blog c'est de la bonne analyse ca !

Ecrit par : Seb | 11.07.2007

"S'il s'entête vraiment à vouloir faire le break, il risque de trouver plus fort que lui sur son chemin."
Oui, moi c'est ce qui m'a le plus frappé dans ces vidéos : la différence de niveau entre un Sarkozy vague, brouillon, ne décollant pas des grosses généralités et un Junker qui, en une seule intervention, apparaît vingt divisions au dessus de notre président. Le talent de ce dernier, si vanté ces derniers temps, devient d'un coup très relatif.

Ecrit par : aymeric | 11.07.2007

Enfin un anonyme, comme moi. Toréador est heureux de t'indiquer qu'il te met dans son escalafon !

T.

Ecrit par : Toréador | 11.07.2007

@ article 33: Bonjour, merci d'avoir pris le temps de me répondre. J'ai donné mon analyse sur mon blog aujourd'hui. Je pense que si on se replace dans le contexte, l'enjeu était au contraire assez important, et le président français attendu au tournant, par tous les ministres des finances européens, qu'il a su bluffer. Peut-être pour vous est-ce peu de chose, pourtant, quand on sait de quoi la politique est faite, l'importance des symboles et les qualités qu'elle exige, c'est au contraire énorme.

Cordialement,

http://mitterrand.2007.over-blog.com
PS : @ aymeric, je pense qu'il ne faut pas confondre les qualités de Juncker en terme de précision et d'expérience et le talent de négociateur de Sarkozy, une qualités nécessaires à un chef d'état.

Ecrit par : Tonton | 11.07.2007

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